Prélude:
A Madame B.
Dimanche 13 Novembre
A Osaka-shi, arrondissement Miyakojima-kuChère Tante,
Je vous écris pour vous dire que je suis bien arrivé dans la magnifique ville d'Osaka, ce matin même après plus de douze heures et demi de vol. Le voyage fut assez éprouvant je dois dire, car la chaleur régnant dans l'ensemble du Boeing fut plus qu'étouffante, cependant mis à part quelques confusions de places et quelques sandwich dont la mayonnaise avait tourné, aucun incident n'est à signaler, rassurez vous !
Lorsque que mon avion eut finalement atterrit à l'aéroport d'Itami, M. Watashimo est venu m'accueillir comme il se doit et m'a conduit jusqu'à mon appartement situé en plein centre ville. Il n'est pas très grand, ne contient que très peu d'espace vital, et comprend une cuisine, une salle de bain, un salon et un espèce de "placard à balais" qui fera office de chambre à coucher.
Mais peu importe, je suis réellement ravi d'être arrivé au Japon, c'était un véritable rêve pour moi de venir m'y installer. C'est une merveilleuse occasion qui s'offre à moi de venir étudier le Commerce dans un pays comme celui-ci, et je ne vous remercierai jamais assez pour vous être portée garante pour tous les frais scolaires. Je vous en suis éternellement reconnaissant et je tacherais de rendre mon séjour des plus instructifs afin de vous en rendre fier!
Mes sincères salutations !
Lavi
Part I: *** Arrivée
Six heures du matin, le réveil sonna.
Je me redressai doucement dans mon lit, me grattant frénétiquement le dessus de la tête.
Je venais de passer une nuit assez agitée, tout d'abord à cause du récent déménagement qui venait tout juste de se profiler, et qui ne m'avait laisser jusque là, aucune seconde de répit. L'installation des meubles en kit fut une véritable épreuve de réflexion pour mon cerveau, que toute logistique avait semblé quitter depuis mon arrivée. Il ne me prit pas moins de six heures pour finir de ranger les dernières bricoles qui ne me seront, d'ailleurs, d'aucune utilité ici, mais que j'avais tout de même souhaité emporter avec moi dans mon périple à l'autre bout du monde. On compte parmi ces reliures, de vieux bouquins de Stephen King ou Mary Higgings Clark que j'avais déjà lu à plusieurs reprises, une carte routière aux frontières Européennes, des CDs de groupes peu célèbres ou encore de vieilles peluches dont le poil râpé légèrement la peau à cause de l'usure.
Mais la véritable raison de mon insomnie, fut certainement l'excitation (visible à mon rythme cardiaque sensiblement au dessus de la norme) provoquée à l'idée de cette première journée qui m'attendait. Je visualisais déjà ma nouvelle école, les nouveaux professeurs et élèves, le réfectoire, etc. ... Tout avait déjà sa place dans mon esprit !
Mais en cet instant présent, pas le temps de rêvasser, il était déjà six heures et demi. Je filai rapidement sous la douche, après avoir englouti un semblant de petit déjeuner. Mes cheveux alors tout ébouriffés, semblaient, pour le coup, impossible à coiffer. Je décidai dans ce cas de les relever à l'aide d'un bandeau noir, tout simple, pour qu'ils aient l'air d'être convenablement peigner. J'enfilai ensuite l'uniforme requit dans ma nouvelle école, sans avoir pris le temps de nouer ma cravate comme il se doit ou de boutonner le col de ma chemise.
Ce premier jour commençait alors sur les chapeaux de roue ! Je me saisis de mon sac à dos posté à l'entrée, dévalai les escaliers en quelques secondes et sautai dans l'autobus qui venait tout juste d'arriver en bas de mon immeuble.
[...]
★
Une fois arrivé devant l'établissement, je marquai un temps d'arrêt. Je n'avais jamais vu au cour de mes 18 ans d'existence une telle architecture.
L'édifice prenait place au centre d'un jardin à la Française semblable à ceux que j'avais eu l'occasion d'admirer pendant ma visite d'un certain château, lorsque je me trouvais encore dans mon pays natal. On y retrouvait, bien entendu, l'étrange symétrie qui habite ces espaces verts, en exprimant dans le végétal, le triomphe de l'ordre sur le désordre. Une petite fontaine trônée dans l'arrière cour, représentant une scène de nue entre deux chérubins. L'eau clapotait joyeusement entre leurs mains de marbre, donnant ainsi une impression de légèreté et d'oisiveté à la scène.
Le bâtiment, couleur ocre, tout en longueur, était lui aussi rectiligne et très imposant. A son centre, on distinguait un énorme clocher sur lequel on pouvait observer une horloge moderne, flambant neuve, qui détonnait avec le style classique prédominant. Quelques mètres plus bas, se trouvait une arche indiquant l'entrée de ma nouvelle école. Je m'y dirigeai sans broncher. Je devais sans doute être encore sous le choc d'une telle découverte. Après tout, je m'étais toujours imaginé les établissements japonais comme de gigantesques buildings, recouverts de plaques vitrifiées et de panneaux publicitaires. A cette pensée, j'esquichai un sourire. J'avais sans doute regardé trop de film de série b. à la télévision pour me faire de telles idées, mais quoi qu'il en soit, j'appréciais déjà l'atmosphère régnant dans ma nouvelle école.
Si j'étais venu ici, au Japon, dans l'établissement privé le plus cher de tout le pays, c'était pour une raison bien précise. Mon oncle B. tenait absolument à ce que je reprenne ses affaires, pour des raisons évidentes : j'étais simplement, son seul « héritier ». Pour rendre cela possible il fallait obligatoirement que j'étudie le Commerce à un niveau très élevé et que je renforce ma maîtrise de la langue Japonaise, car plus de 85 % des parts de son entreprise se trouvaient au pays du soleil levant. Par chance, j'étais très admiratif de cette culture ancestrale qui avait toujours su attiser ma curiosité, et c'est avec le sourire aux lèvres que j'entamais ma première année d'université, dans un environnement inconnu. Part II: *** Rencontre
Je jetai un rapide coup d'½il à l'emploi du temps qui m'avais été donné quelques minutes auparavant, puis me dirigeai dans la salle indiquée. Je manquai de me perdre en chemin mais je réussis tout de même à trouver ma classe grâce à mon sens aiguisé de l'orientation.
Le cour venait tout juste de commencer et mon arrivée interrompit le discours du professeur. Au vue des inscriptions sur le tableau et du dialecte employé par l'enseignant, je venais tout juste de me pointer dans un cour de Français soutenue : Je ne pouvais pas rêver mieux pour une belle entrée en matière !!
M. Kamigawa m'invita à venir me présenter au tableau. Bien que je ne fus pas d'un naturel timide, il était toujours assez complexe pour un nouvel arrivant d'affronter une foule de visages inconnus. Cela me surpris par ailleurs, de devoir être obligé d'intervenir formellement, moi qui pensait que l'on ne remarquerais même pas ma présence, dû au surnombre d'étudiants. Cependant, lorsque je détournai mon regard en direction de mes futurs camarades, je m'aperçu avec stupeur que la salle fut étrangement dépeuplée. Il ne devait pas y avoir plus d'une quinzaine de personnes dans cette classe, qui avaient toutes, sans exception, le regard braqué sur moi, m'attendant au tournant au moment même où j'ouvrirai la bouche.
Je décidai alors de me lancer sans réfléchir :
« Bonjour à tous ! Je m'appelle Lavi, je suis un étudiant Français récemment débarqué au Japon afin d'y terminer mon cursus scolaire. J'ai 18 ans et je suis en première année d'économies appliquées. Et, j'espère sincèrement que cette première année en votre compagnie, me sera dès plus agréable, finis-je par conclure avec un large sourire chaleureux dont j'avais le secret ! »
M. Kamikawa fut apparemment ébahi devant mon niveau en Japonais, pour un simple petit Européen de base, car il marqua un léger temps d'arrêt après que j'eus pris la parole. Lorsqu'il sortit enfin de sa stupéfaction, il m'indiqua la place que je dus rejoindre sans perte de temps. Elle se situait au fond de la salle, au côté d'une jeune fille à la peau, bien trop matte pour être d'origine Asiatique, et aux cheveux dorés.
« _Lavi, c'est ça ?
_ Euh... Oui ! Ravie de faire ta connaissance, jolie demoiselle, lançai-je avec une sourire enjôleur.
_ Moi c'est Joice ! Ravie aussi. Tu verras, tu va vite t'y faire.
_ A quoi donc ?
_ Eh bien, à cette école ! C'est vrai qu'elle parait quelque peu sinistre à première vue, mais ici on ne s'ennuie jamais, tu verras ! »
Le ton qu'elle employait, était révélateur de curiosité chez moi. Je ne sus pourquoi, mais je fus dès lors encore plus excité que je ne l'étais la veille.
Je détournai mon regard et parcouru l'intégralité de la salle afin d'observer, à mon tour, les nouveaux visages qui me toisaient encore, il n'y a pas cinq minutes. Je m'arrêtai alors sur une personne en particulier. Un jeune homme d'à peu près mon âge, dans la même rangé que moi, se tenait accoudé nonchalamment à la table à laquelle il était assis. Ses yeux fixaient le tableau noir sans avoir l'air de décrypter quelconques informations y figurant. Ses cheveux d'un brun intense étaient relevés en une queue de cheval parfaite, pas l'ombre d'un épi ou d'une mèche rebelle à l'horizon. Il portait une frange épaisse qui dissimulait son front et le début de ses yeux. La lumière des néons donnait l'étrange impression de se refléter sur sa peau couleur ivoire, qui renforçait son incroyable pâleur. Ses épaules carrés, sensiblement très musclées, endossaient le même blaser que l'ensemble des élèves, cependant il paraissait fait sur mesure pour lui, moulant chaque attribut de son torse, exactement comme il le fallait. Son air détaché et désabusé, avaient le don de m'intriguer fortement. Qui étais ce ?
« _ C'est Kanda Yu ! lança une voix fluette, qui me tira de mes songes.
_ Pardon?
_ Le garçon, là bas, c'est Kanda ! Il te plait on dirait.
_ Heiin ?! Mais qu'est ce que tu racontes ?!, m'écriai je hébété.
_ C'est certainement le plus beau garçon du bahut si tu veux mon avis, mais allez savoir pourquoi, il semble détester tout le monde ici. En fait ce n'est pas seulement « tout le monde » qui l'incommode , c'est tout ce qui tourne autour de lui : les gens, les choses, le temps qui passe ...
Elle marqua une pause.
_C'est un élève brillant, très populaire auprès des jeunes filles comme des jeunes hommes, mais personne n'a jamais réussi à l'approcher, et beaucoup on eut le c½ur brisé à attendre vainement une réponse à leur avance !
Après cette dernière remarque, elle pouffa de rire. Apparemment, Joice ne faisait pas vraiment partie du Fan club du beau ténébreux.
_ 'Fin moi personnellement, je le trouve pas si beau que ça, ricana un jeune homme à la chevelure fauve, assis juste devant moi.
_ Ch'uis tout à fait d'accord avec toi, jasa son voisin l'air de rien. »
Ces deux là avait un physique sensiblement comparable. La même chevelure coiffé/décoiffé trônée sur leur crâne, leurs yeux couleurs noisettes traduisaient une certaine espièglerie enfantine, et l'on pouvait observer à l'angle inférieur gauche de leur paupière, se nicher un minuscule grain de beauté. Leur carrure de jeunes minets leur donnaient un air chétif en opposition avec les traits sévères de leur visage.
C'était tous les deux de charmants garçons, visiblement appréciés de la gente féminine car dès l'instant où ils ouvrirent la bouche, l'ensemble des jeunes filles de la classe s'étaient retournées vers nous.
« _ Nous sommes les jumeaux Beniki ! Voici Aoi à gauche et moi c'est Yori ! Enchanté le nouveau.
_ Vous n'êtes pas japonais tous les trois, je me trompe ? demandai je intéressé par leur incroyable beauté.
_ Ce n'est pas aussi simple l'ami! Mon frère et moi sommes tout deux, nés à Kobe mais nos parents sont de nationalité Australienne. Comme cela faisait des années qu'ils travaillaient au Japon, ils ont décidé de s'y installer pour de bon après notre naissance, et nous ont affublé de noms traditionnels pour ne pas « interférer sur notre sociabilité » - ce sont les termes exactes de ma mère, pouffa t'il.
_ C'est également mon cas, avoua Joice. Je suis née en Amérique, il y a bientôt dix neuf ans de ça, mais à cause du boulot de ma mère, nous sommes venu vivre au Japon lorsque j'avais cinq ans. Pour dire vrai, je ne sais quasiment pas m'exprimer en anglais, lança t'elle d'un air moqueur.
_ Et votre intégration c'est faite assez facilement ?!, renchéris-je troublé.
_ Bien sur ! Ici nous sommes les rois ! s'écria Aoi.
_ On ne t'a jamais dit qu'au Japon on vénérait la beauté Européenne, ricana son frère. »
Je n'eus pas le temps de poser d'autres questions car une sonnerie stridente retentit dans tout la pièce, annonçant la fin du cours. Prestement je me mis à chercher mon emploi du temps afin d'y trouver mon prochain numéro de salle. Yori se pencha alors par-dessus mon épaule et s'écria :
« _ Salle 12, Algèbre ! T'es avec nous ! »
Je souris alors nerveusement, ne sachant encore s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle.
« _ Et toi Joice ?, demandai je.
_ Nan désolé, moi j'ai cour d'éducation physique à cette heure là ! Navré mais tu vas devoir rester seul avec ces deux monstres, bon courage !, plaisanta la jeune fille avant de détaller en courant.
Part III: *** Froideur
Une fois arrivés devant la salle en question, nous rentrâmes à l'intérieur sans même attendre l'arrivée du professeur, cependant je remarquai que les autres étudiants étaient restés sagement devant la porte, positionnés en deux colonnes parfaitement symétriques.
« _ Euh, est-ce normal que, mis à part nous, personne ne ...
_ Laisse les donc, m'interrompit Aoi indifférent, tout en s'installant aux côtés de son frères, un bureau devant le mien. »
Je ne répondis pas et m'attardai plutôt sur le physique étrangement radieux et semblables, de mes deux nouveaux camarades.
J'essayais de leur trouver des caractéristiques qui me permettraient de les différencier facilement, m'évitant ainsi la hantise de me planter de prénoms lorsque je serais dans l'obligation d'interpeller l'un d'entre eux. Mais j'avais beau chercher et chercher encore... Rien ! Pas une seule différence ne me vint à l'esprit. Finalement, la seule chose me permettant de les reconnaître était le son de leur voix respective, et par chance, ils n'avaient pas vraiment l'air d'être de grands muets.
Finalement, cinq minutes plus tard, M. Fuyuzuki arriva enfin, et les élèves entrèrent sans dire un mot. Il n'y avait encore une fois que très peu de monde dans la salle, et je finis par croître que ce fus le cas pour tous les cours.
Soudain, bien après que tout le monde ait pris place, le fameux bellâtre de tout à l'heure fit son entrée sans que je m'y attende, et sans savoir pourquoi, je sentis mon c½ur se soulever dès que j'entrevis son visage. Cela faisait maintenant plus de dix minutes que le cour avait débuté, mais l'arrivée impromptue de Kanda n'avait semblé gêner personne en particulier, il ne justifia même pas son retard, et s'avança dans ma direction.
« _ Oii ! Kanda-Chou ! Tu t'es encore fait attraper par une horde de filles en délire, s'exclama l'un des jumeaux, alors en proie à un puissant fou rire.
_ Si tu veux un conseil, ferme là !, lança Kanda tout en poussant violemment la chaise de Yori contre la table, ce qui eut pour conséquence de l'étouffer dans des paroles inaudibles.
_ Je peux m'asseoir ?!, me demanda t-il en désignant la place libre à côté de moi, sans même m'adresser un regard.
_ Euh, oui bien sur ! »
Il n'attendit pas ma réponse, et s'assit nonchalamment sur la chaise. Je remarquai tout de suite que quelque chose avait changé chez lui. Sa queue de cheval ! Elle était à présent tout désordonnée, l'élastique ne tenait plus très bien, et quelques mèches en sortaient par ci par là.
Je repensais alors au discours de Joice quelques minutes auparavant : C'est certainement le plus beau garçon du bahut - C'est un élève brillant, très populaire auprès des jeunes filles ...
Peut être que Yori avait vu vrai finalement.
« _ Un problème le nouveau, me lança ce dernier en se retournant !
_ Aucun pourquoi ?
_ Tu as l'air absorbé par quelque chose, on dirait !
_ Oui, quelque chose de trèèès intéressant à ce que je constate, pouffa son frère ! »
En réalité M.Fuyuzuki venait tout juste de me donner la parole afin d'évaluer mon niveau en Algèbre, mais, pris par le cour de mes pensées, je ne remarquai même pas sa question.
« _ 25, souffla une petite voix mélodieuse à mon oreille.
_ 25 !, répétai-je à voix haute, sûr de moi. »
C'était exact.
« _ Merci beaucoup, murmurai-je à mon voisin, sans que je n'ose le regarder dans les yeux.
_ Tache d'être plus attentif le nouveau, sinon je ne vois pas pourquoi je me devrai m'asseoir à côté d'un idiot finit !, lança t'il sèchement. »
Cette dernière remarque résonna dans ma tête comme un bruit sourd après un choc violent. Je n'en connaissait pas encore la raison mais je refusais de passer pour un idiot devant lui, le plus beau et le plus brillant garçon du lycée!
★
Le reste du cour passa lentement, trop lentement à mon goût. Je ne souhaitais qu'une chose, m'aérer l'esprit et sortir de cette salle où l'atmosphère était devenue trop étouffante pour moi. Par chance la sonnerie retentit peu de temps après, et je filai hors du cour sans adresser un seul coup d'½il à mon voisin. Un mélange de fierté et de honte s'était à présent installer dans un coin de ma tête et je refusais que ces ressentiments aient raison de moi !
« Eh Lavi ! »
Je reconnus la voix de Joice, et j'en fus soulagé.
« _ Alors le cour d'Algèbre !?
_ Ne parlons pas de choses qui fâchent, riais je embarrassé !
_ Oui je connais ça. Moi et les maths n'avons jamais fait bon ménage, se moqua t'elle, un sourire en coin. »
C'était une personne fort sympathique, aimable et avenante qui donnait envie que l'on s'intéresse à elle. Et sa popularité, indéniablement apparente, ne me choquai pas le moins du monde. D'ailleurs, elle était plutôt jolie, d'un physique que l'on a pas l'habitude de voir en Asie et qui attire le regard. Les courbes de son corps étaient déjà bien élancés et les traits de son visage lui donnaient un air plus âgé. Ses cheveux, d'un blond doré, lui arrivaient aux épaules et semblaient légèrement ondulés aux pointes.
« _ Eh Joice, ton cour s'est bien passé ?, lancèrent les jumeaux à l'unisson !
_ Super !
_ Joice est une vrai pro du Kendo, numéro 10 mondiale, chantonna Yori.
_ Waouh, je suis drôlement impressionné, intervenais je !
_ Y a vraiment pas de quoi, lança une voix glaciale dans mon dos, que je reconnus immédiatement. »
Une légère brise vient alors me caresser les cheveux et je fus pris d'un pincement au c½ur.
« _ Evidemment Yu lui est deuxième dans la même catégorie, soupira Aoi.
_ Deuxième ?!, répétai je, l'air ahuri ,en manquant de m'étouffer. »
C'était invraisemblable, tout bonnement invraisemblable ! Deuxième mondiale, élève brillant, plus beau garçon... ces mots ne cessaient de parcourir mes pensées. Il semblait tellement différent de moi : gaffeur, étourdis, toute juste moyen dans tout ce que je pouvais entreprendre.
D'ailleurs, il n'y avait pas que lui. Les trois autres étaient tout aussi impressionnants et rayonnaient de toute part. Je remarquai par la même occasion que le petit groupe que nous formions à cinq était au centre de toutes les conversations environnantes. Différents regroupements de jeunes filles se tenaient ça et là autour de nous, nous fixant intensément, attendant la moindre rupture de notre cercle pour s'y infiltrer. Tous ces regards commençaient d'ailleurs à devenir de plus en plus oppressant... Part IV: *** Aveu
_ Yu, je te présente Lavi, le nouv...
_ Le nouvel étudiant Français, oui je suis déjà au courant !
Je sentis mes joues rosir légèrement.
_ J'ai déjà eu l'occasion de voir certaines de ses capacités en Math. Franchement, cette école n'est plus ce qu'elle était, ils acceptent vraiment n'importe qui de nos jours !
Mon sang ne fis qu'un tour et une montée d'adrénaline surgit alors en moi !
_ C'est quoi ton problème à toi ?, lançai-je au beau ténébreux.
Y a-t-il quelque chose qui te dérange avec ma façon d'être, parce que je ne te permets pas de me rabaisser de la sorte sans véritable raison ! D'accord, je n'ai peut être pas répondu à une question en Math parce que j'étais distrait, ça ne fait pas pour autant de moi un idiot ! »
Je ne m'en étais pas rendu compte, mais je venais de hurler ces mots comme si j'expulsais avec eux, toute la frustration qui résidait en moi. Et bien entendu l'ensemble des personnes présentes à moins de dix mètres avaient pu entendre mes paroles sans aucun problème.
J'observais alors avec exactitude le regard du jeune homme s'assombrir de plus en plus, et ses muscles se raidir le long de ses avants bras dénudés J'étais cuit, je ne ferais pas le poids face à lui. Bien que ma carrure était sensiblement la même que la sienne, je n'avais pas la chance de pratiquer d'activité physique régulière contrairement à Kanda.
Tout à coup, il me saisit par le bras violemment, m'entraînant avec lui, sous le regard de l'assemblée. J'espérais secrètement que quelqu'un interviendrait courageusement mais personne ne bougea. Même Joice et les jumeaux ne bronchèrent pas d'un poil, comme s'ils avaient été de mèche avec lui.
Nous marchâmes comme ça jusqu'au fond du jardin extérieur, et nous nous glissâmes dans une entre bouchure, entre deux bâtiments, assez étroite. Il me plaqua alors contre le mur, faisant ainsi cogner ma tête contre le béton. Il se plaça face à moi et leva brusquement sa main droite. S'en était finit de moi ! Cependant, contrairement à ce que je pensais, il la déposa sur le haut de ma tête, la laissant glisser tendrement le long de mes cheveux. Celle-ci s'arrêta au niveau du bandeau, qu'il arracha avec vigueur, le laissant tomber à terre. Un étrange frisson me parcouru le corps.
« _ Qu'est ce que... que fais tu ?, balbutiai je effrayé.
_ Rien !, dit il froidement, allant accoler son dos sur le mur parallèle au mien.
Il ne dit rien pendant de longues minutes, et je me décidai à rompre ce silence :
_ Tu me hais c'est ça, comme les autres ?!
_ Toi, comme les autres ?! me ria t'il au nez d'un air sadique. Mais tu es loin d'être comme les autres ! A vrai dire, personne dans cette école n'a jamais encore osé me parler comme tu l'as fait, et pire... Personne n'a jamais retenu autant mon attention que toi. Ca ne fait quelques heures que je te connais et j'ai l'horrible sensation que cela fait des jours entiers, lança t'il, à voix basse, complètement dégoûté.
_ Et c'est une mauvaise nouvelle ça, répliquai je sur un ton sarcastique, qu'il ne manqua pas de relever.
_ Ne me cherche pas le nouveau, où...
Je pouvais dès à présent déceler la faiblesse en lui, et je m'en réjouis aussitôt. Quant à moi, je sentais mon assurance habituelle refaire surface et décidai de profitai de ce revirement de situation. Je m'approchai alors tout près de lui, mes mains disposées de chaque côté de son visage, mon regard dans le sien. Je sentais à présent le souffle chaud de son haleine haletante, qui me chatouillait le cou. Puis en une fraction de seconde, sans que j'eusses réfléchit à quoi que ce soit, je déposai un baiser sur ses lèvres froides, agrippant ainsi ma main dans ses cheveux.
Soudain, il finit par me repousser brutalement.
« _ T'es pas fini toi !
_ Hmm, pas mal, lançai je d'un air détaché.
_ Ecoute le nouveau ! Je ne m'intéresse à rien et à personne. Une seule chose compte réellement pour moi et tu n'es pas cette chose là ! »
Cette remarque faillit me déstabiliser de nouveau, mais je repris rapidement le contrôle de moi-même.
« _ Tu n'as qu'à t'en prendre qu'à toi-même ! C'est bien toi qui m'a traîné jusque ici nan ?! Bon et bien assumes en les conséquence, beau brun, lançai impétueusement. »
Après cette dernière dérobade, je décidai de lui tourner le dos, et de sortir de la cachette.
Part V: *** Provocation
Le lendemain matin, il fut nettement plus difficile pour moi de sortir de dessous ma couette. Je n'arrêtais pas de penser à ce qui c'était passé la veille, et j'appréhendais la réaction de Kanda. A vrai dire, j'avais énormément de mal à cerner son personnage.
« Il dit que je suis différent, qu'il a l'impression de me connaître... Il me touche les cheveux d'une façon suspecte, ... Il m'aide en Algèbre, certes juste avant de me traiter d'idiot, de me violenter et d'affirmer que je suis insignifiant ! »
Toutes ces pensées fusaient dans mon esprit sans je ne puisse y trouver une quelconque logique ! Finalement je décidai tout de même de m'extirper de mon lit, pour me préparer à partir étudier, chose primordiale ! Je refusai que ce Kanda interfère dans mon But premier, c'est-à-dire, être diplômé de cette superbe et grande école.
Une fois arrivée devant l'établissement, j'aperçus Joice assise sur le rebord de la fontaine. Ses jambes étaient croisées et son dos voûté vers l'arrière, son attention semblait s'être fixé sur un point non défini, et ses mains allaient et venaient dans le liquide bleuté. Le reflet du soleil sur l'eau frétillante donnait à ses cheveux un éclat insoupçonné de lumière vive qui ne manqua pas de me surprendre. A ses côtés, les Jumeaux se tenaient debout, l'un ayant son avant bras accoudé sur l'épaule de l'autre. Ils toisaient du regard leurs congénères avec une expression supérieure, presque hautaine, un sourire en coin signe de malice enfantine, ce qui avait l'air d'émoustiller pas mal d'étudiantes sur le Campus ! Lorsque je m'avançai progressivement vers eux, j'aperçu qu'à quelques mètres de là, se tenait Kanda, aussi beau que jamais, adossé à un pilier en marbre. Il avait la tête baissé, les mains dans les poches de son pantalon et semblait compter les minutes qui le séparer de la mort tellement son visage traduisait l'ennui le plus total.
Ces quatre là, paraissaient dominer l'ensemble de la cour extérieur par leur incroyable présence et leur charisme hors du commun. Au plus je les regardais, au plus je me sentais extraordinairement banal et sans intérêt aucun ! Soudain l'un des Jumeaux me remarqua et me pointa du doigt. Je ne compris pas tout de suite ce qui m'arriva, mais je sentis deux êtres s'agripper à moi de toute leur force.
« _ Maah, Lavi-Kun ! T'es encore vivant euh !!, gémit Aoi, en frottant sa joue contre le mienne.
_ En ne te voyant plus revenir hier, on a bien cru que Kanda-Chou t'avais étripé euh !, lança l'autre qui était entortillé autour de ma jambe gauche. »
Quelques fois, je me disais qu'il aurait mieux valu que ce soit le cas. Comment allais-je bien pouvoir affronter son regard glacial ce matin ? Allait-il m'ignorer, ou encore me traiter d'idiot ? Je n'arrivais pas à prévoir son comportement, et cela me frustrais au plus haut point.
Je le voyais, derrière quelques mèches de mes cheveux lâchés, avancé en notre direction, les poings crispés, la mâchoire serrée, comme s'il était entré dans une rage furieuse.
Là encore, l'action se déroula si vite que j'eus à peine le temps de saisir l'essentiel. Je vus simplement le magnifique Kendoka agripper le col de la chemise des deux Jumeaux et les soulever, chacun dans une main.
« _ Héhéhé héhé ! Mais voyons Yu-Chan, on rigolait n'est ce pas ?!
_ Bien sûr ! On n'aurait jamais osé ... Aaaaaaaah mais qu'est ce que tu fais ?! Kanda ! Arrête !
_ Pose nous ! Aaaaah ! »
Une énorme flaque d'eau vint alors m'éclabousser le visage. Un visage qui devait sûrement
traduire une certaine expression d'admiration et un certain ahurissement !
« Toi, viens par là ! », m'ordonna t'il en m'empoignant le bras gauche et en me tirant dans sa direction, laissant ainsi les Jumeaux luisant dans la fontaine, sous le regard ébahie de centaines de jeunes filles prêtes à bondir.
Il m'entraîna jusqu'à ma prochaine salle de cour, avant de me plaquer contre le mur. Il n'y avait personne, et je compris que la scène de toute à l'heure n'était alors qu'une sorte de diversion pour attirer l'attention de la populasse. Je poussais alors un soupir.
« _ Je t'interdis de fréquenter ces débauchés, tu m'as bien compris ?!
_ Tu parles des Jumeaux !
_ Oui ! Pourquoi tu en connais d'autres ?! Je t'interdis de les fréquenter aussi, tu m'entends ! »
Son ton était sérieux et froid, comme à son habitude. Son regard était devenu intense, perçant, comme s'il pouvait lire en moi, et cela avait le don de me déstabiliser fortement.
« _ Navré, mais je ne peux pas accepter ça !
_ Pardon ?!, s'étouffa t'il, près à m'étriper.
_ Les Jumeaux sont mes amis, eux. Ils ne sont pas du genre à me balancer des calomnies plus grosse qu'eux. Ils ne me diraient jamais qu'il me trouve unique, puis que je n'ai aucune importance à leurs yeux ! ...
Sans compter, qu'ils sont plutôt mignons, lançai-je par provocation !
_ Si c'est ce que tu penses... Très bien, fais ce que tu veux !, marmonna t'il avant de me tourner le dos et de se diriger lentement vers la sortie.
Je ne m'attendais pas à ce genre de réaction de sa part, je n'aurais jamais pensé qu'il abandonnerait comme ça, baissant les bras à la première dérobade.
Non mais quel idiot ! Ne voit-il pas ? Mes sentiments...
Idiot !
_ Alors, c'est comme ça ! Tu abandonnes ! Je ne savais pas que tu n'étais qu'un lâche, qui se cache derrière une façade de beau parleur !, criai-je, hors de moi !
Soudain, il se retourna en une fraction de seconde, laissant ainsi ses cheveux se dégager de son visage d'ange démoniaque, en un mouvement de grâce très fluide et harmonieux.
Même si cet instant fut bref, je pus déceler dans ses yeux une lueur à la fois magnifique et effrayante, qui m'éblouit littéralement, me clouant sur place.
Il se saisit de mon visage comme d'une chose inerte, et plongea son regard obscur dans le mien avant de détourner ma tête sur le côté. Il passa alors tendrement ses mains dans mes cheveux de feu, et je sentis soudain un frisson me traverser tout le corps. Une chose, à la fois, voluptueuse et humide, me parcouru le cou, et je laissai alors échapper un petit cri de plaisir presque inaudible. Une sensation de chaleur m'envahit brusquement, et je me sentais devenir écarlate dès que son visage approché un peu trop près du mien.
Un bruit sourd et cacophonique vint interrompre notre moment d'ivresse. C'était la sonnerie annonçant le prochain cour. A ce moment, Kanda lâcha son emprise et sourit d'un air satisfait en contemplant mon air niai.
« _ Alors, le nouveau ! Qui traites tu de lâche ?
_ Je dois avouer que tu sais t'y prendre. Mais je dois tout de même te rappeler que je n'suis pas ton jouer !
_ Ca, c'est ce que nous verrons !
[...]
_ Hey ! C'est donc là que vous étiez tous les deux, lança Joice, le sourire aux lèvres, traînant derrière elle ce qui semblait être deux pauvres bêtes, mouillées et débraillées !
_ Laviii..., pleurnichèrent les deux bêtes en question.
Lavii, Kanda a été méchant avec nous, tu veux bien nous réconforter s'il te plaiiit !
_ Hors de question, sales débauchés, s'interposa Kanda avant même que je ne réagisse.
_ Laviii !!, me supplièrent les Jumeaux, ne portant aucun intérêt à la remarque de Kanda.
_ Vous deux, je vais vous...
_ Très bien, qu'est ce qu'il vous ferait plaisir ?, souriais je, en m'accroupissant à leur niveau, espérant secrètement que Kanda fasse preuve d'une certaine jalousie.
_ Maah Laviii ! On t'aimeuh !!, s'écrièrent les deux frères avant de se jeter dans mes bras, me faisant ainsi tomber à terre.
_ Quoi ?!
_ Et bien, si tu les as jeté à l'eau c'est un peu de ma faute n'est ce pas ? C'est donc normal que je me fasse pardonner, exposai-je d'un ton enjoué !
_ Laisse tomber Kanda, il semblerait que tu ais enfin trouvé quelqu'un à ta hauteur, murmura Joice à son oreille.
C'est le premier à pouvoir te résister et qui ose te provoquer, même si ton numéro de tout à l'heure avait de quoi le désarçonner, il ne s'est pas laissé avoir si facilement. Je sens d'ailleurs qu'on va bien s'amuser avec ce type dans notre école, qu'en penses tu !? Même les Jumeaux semblent s'être entichés de lui, je crois qu'il va y avoir de la concurrence, je me trompe ?!, ria t'elle gaiement.
_ Tss' ...»